C'est le moment de quitter Palerme pour Ségeste. La route s'élève, mais les cyclistes du dimanche sont fidèles au poste. On emprunte des galeries à flanc de collines, avec vue sur la mer. L'autoroute toute en viaducs serpente dans la vallée, l'arrivée à Ségeste est fantastique: fleurs printanières au jaune électrique, pins parasols, palmiers, figuiers de barbarie, et soudainement le temple surgit dans sa simplicité dorique avec une pierre chaude même sans soleil. Vue sur la mer comme il se doit, et paysage souriant.


On grimpe ensuite la colline qui lui fait face pour découvrir les vestiges de la ville, et principalement du théâtre et du palais (le reste est peu lisible). Exceptionnel de pouvoir pénétrer dans ces ruines, temple et théâtre, et pouvoir prendre ainsi leur mesure sans être tenu à distance, c'est-à-dire pouvoir se familiariser avec eux, la vie passée qu'ils figurent.


Avant d'arriver à la mer, on sillonne un dédale tout en parallèles et en perpendiculaires à Castellamare dei Golfo. Finalement Zio Andrea nous accueille à la suite de l'équipe de foot poussin pour nous régaler. En quittant la ville, on passe en fait près de son cœur qui semble battre à cette heure.
La nuit tombe sur le golfe de Castellamare et nous découvrons Scopello by night : formidable
baglio, mais ne parvenons à la
tonnara en contrebas.

Il est temps de gagner Erice : quelle route étonnante qui grimpe sans fin, les lumières de Trapani s'amenuisent, les épingles se resserrent, le brouillard s'épaissit. Nous passons une porte de la ville et trouvons le couvent qui doit nous accueillir pour la nuit. Porte close jusqu'à ce que nous soyons décidément trop bruyants. Lieu exceptionnel aussi où résonnent pas et voix, un couloir comme un dortoir dessert les différentes chambres.
La balade du soir dans la brume de cette ville déserte se révèle une expérience délirante. Le cache-cache dans le jardin est assez inquiétant lorsque les lampadaires s'éteignent et qu'on ne peut distinguer vers quoi mène cette volée de marches...
Nous trouvons refuge dans un café sur une grande place rectangulaire pour un Time's up endiablé.

Le retour vers Il Carmine s'avère plus compliqué que prévu : on se perd dans ces ruelles à peine éclairées, glissantes, et dans cette atmosphère fantastique. La palme revient bien sûr à la Chiesa Madre et son campanile.


En longeant l'enceinte de la ville, on finit par retrouver notre porte del Carmine, non sans frayeur... Les ruines de la muraille et les arbres sont bien plus impénétrables que les petites maisons aux portes dérobées. Un bon petit jeu de psychiatre pour terminer cette soirée de l'étrange.