30 octobre 2010

This is Halloween

À l'extrémité de la gare Saint-Lazare à côté des voies qui mènent à Versailles-Rive-Droite, un train quitte Paris pour Saint-Nom-la-Bretèche–Forêt-de-Marly toutes les heures. Après la corniche sur le bois de Boulogne, il stoppe dans des gares aux noms enchanteurs qui exhalent une odeur d'Ancien Régime : Saint-Cloud, Marnes-la-Coquette, Bougival, Louveciennes, Marly-le-Roi... Au fur et à mesure des quarante minutes de traversée, les voyageurs se raréfient. Au terminus, une silhouette à l'autre bout du wagon, et nous.
Le terminus, c'est la forêt. Pas de trace de Saint-Nom-la-Bretèche, l'une des communes les plus fortunées de France : faut-il un sésame pour y accéder ?
Hocus pocus fidibus !
Petite maison dans les grands bois enveloppée d'air frais, la gare dessert un parking aux confins de L'Étang-la-Ville, une route forestière vers Saint-Nom-la-Bretèche, et le GRP Ceinture verte de l'Île-de-France. Quatre voies de chemin de fer, séparées par une route qui monte vers la forêt.
Le pique-nique avalé dans le train et le goûter dans le sac-à-dos, nous nous engouffrons dans la forêt, fidèle topo-guide à la main. Bel et frais après-midi d'automne, les arbres ont des couleurs ensorcelantes, les bogues de châtaignes font office de crampons sur le chemin boueux, le parfum d'humus tente de nous détourner de la randonnée sur sentier balisé vers la quête de champignons aux propriétés méconnues.

Une première ascension cernée par un biker au moteur rageur vers la croix Saint-Michel. La croix n'existe plus, il n'en reste qu'un socle érigé au milieu du pique-nique d'un groupe de randonneurs. Par ce grand soleil, ce ne peuvent être des vampires, mais tout de même... cette absence de croix... Point de vue sur la masse rousse de la forêt, au loin la tour Eiffel, Paris, La Défense.


Route Dauphine, route des Princesses, étoile des Chasseurs, étoile du Chêne de Retz, un sentier en pente douce. Un poc métallique résonne et accompagne la vision irréelle d'un fairway parfait et de bunkers de sable déserts. Nous longeons le golf de Joyenval et le mystérieux Désert de Retz, photographié par Izis pour Colette. Ce voisinage résulterait d'obscurs arrangements avec la protection du patrimoine. Pour en savoir plus...







Retour en ville, dans une ville aux allures de campagne tout confort pour grosses fortunes. Des sentiers serpentent entre les propriétés de Chambourcy, les vergers paraissent abandonnés, la vue s'étend vers la forêt de Marly, celle de Saint-Germain, Poissy et les coteaux sur l'autre rive de la Seine.



Déjà deux heures et demies de marche quand nous serpentons dans Chambourcy. Revigorées par une pause au bar PMU peuplé de turfistes, nous nous demandons tout de même comment terminer en une heure, comme annoncé par le guide, alors qu'il nous reste la moitié du chemin à faire et que le ciel a décidé de se mettre au gris, comme un après-midi de novembre un peu en avance. Les familles sont de sortie aux alentours de Chambourcy. Nous vérifions notre chemin auprès d'un bon bourgeois sous cape, armé d'une carte au 1:8000 et de deux bâtons de randonnée. Je crois que c'est à partir de ce moment-là que nous perdons tout balisage. On croise deux mycophiles qu'on interroge :
" Vous venez bien de l'étoile de Loup ?
– Oh, nous les noms, on les connaît pas ! Et puis on se perd tout le temps ici... Allez, bonne chance, hein !"
Je crois que c'est à partir de ce moment-là qu'on fait appel à la magie de Steve Jobs et de la géolocalisation. C'est aussi à ce moment-là que le soleil se couche : de belles traînées roses dans le ciel nuageux. Nous retrouvons la route Dauphine, traversons l'étoile Parfaite, puis la départementale. Il reste à peine 1 km à parcourir en ligne droite sur un chemin forestier.
Quand nous nous enfonçons sur ce chemin, il faut se rendre à l'évidence : désormais, il n'est plus possible de lire le guide, pas assez de lumière. Et puis le chemin se fait sentier, puis sente, puis en croise un autre plus large et on ne voit pas où le nôtre se poursuit. Entre les feuillages obscurs, on entend le train passer et on croit voir la lueur d'un lampadaire. Il nous reste quatre Granola, un fond de bouteille d'eau, il fait nuit, l'humidité fait baisser la température, un chat-huant ulule.
Alors nous dévions notre trajectoire à travers les branchages, vers la route, qu'on longe sur la piste cyclable, éblouies par les phares des voitures qui doivent être aussi étonnées que nous de notre présence. Avant l'autoroute on bifurque sur la route Royale, moins de trafic, on voit juste assez pour faire la différence entre le bitume et le bas-côté, l'obscurité est totale dans le sous-bois. Un petit panneau indique la route des Muses et la direction de la gare. Des lampadaires jettent une lumière orangée sur un parking et un abribus en bois.

Nous arrivons à la gare. Cinq heures et demies plus tard, elle n'a plus la même présence : lumière blafarde sur la façade et sur les quais, radio pour tromper la solitude, les voyageurs tous regroupés à l'extrémité du quai, au plus près du chef de gare là-bas, de l'autre côté de la voie ferrée et de la route.
Un train libère ses voyageurs : une jeune femme tout de noir vêtue et coiffée d'un chapeau pointu regagne sa bonne ville.
Everybody scream, everybody scream,
in our town of Halloween
I am the clown with the tear-away face,
here in a flash and gone without a trace
I am the who when you call "Who's there?",
I am the wind blowing through your hair
I am the shadow on the moon at night,
filling your dreams to the brim with fright



17 octobre 2010

C'était au temps où...

Perte d'équilibre sur la Grand-Place avec un ciel à la Ruysdael
De 2010_1017

Façades sages et bien rangées au soleil
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Papier millimétré de la galerie de la Reine
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De larges avenues bordées de bâtiments austères, une forêt de lampadaires, un terre-plein pour Terriens
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Jeu de Legos depuis le palais de Justice
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Mosaïque depuis le palais de Justice
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Les Marolles
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Près des voies de la gare du Midi
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Halles Saint-Géry
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Chocolat chaud by Marcolini et gaufre by VWCombi
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C'était au temps du cinéma muet
De 2010_1017


De 2010_1017


Entretemps et sans transition à deux pas des boutiques de luxe du boulevard Waterloo, la vitrine du salon de coiffure "Les Amis des grands lacs", dans Matonge, et celle des revendeurs de Reflex et de téléobjectifs de la rue Saint-Boniface.
Le lendemain, une ambiance Seigneur des Anneaux au pied du Parlement européen assailli par les corneilles ; et le paradis chez Filigranes, une librairie où l'on passerait sa vie.

06 octobre 2010

Roland Petit

Une soirée crescendo qui démarre avec Le Rendez-vous, ambiance après-guerre sur une chanson de Kosma. Un brin désuet, mais touchant avec le chanteur et l'accordéoniste sur l'immense plateau de l'opéra Garnier. Le rideau de scène est signé Picasso, les décors sont des photos de Brassaï, l'argument est de Prévert. Comme une comédie musicale en noir & blanc.

Puis Le Loup une histoire d'amour qui finit mal elle aussi, mais une mort du loup tellement magnifique, rythmée par des danseurs percussionnistes. La musique de Dutilleux est magnifique, et l'argument de Jean Anouilh mêle fantastique et tragique.

Enfin, le clou : Le Jeune homme et la mort. Le décor annonce la couleur : une chambre grise sous les toits ceinte d'un rideau rouge plissé, un dessin de Jean Cocteau. Tragédie. Violence des meubles qu'on envoie valdinguer, de l'aimée qui vous mène par le bout du nez. Sensualité du flirt avec la mort, maîtresse femme aux allures de Fantômette dont les mains gantées de noir disparaissent dans le décor, mais pas sur son corps de jaune primaire enrobé. Et le suicide par pendaison qui déclenche l'élévation des murs de la chambre, l'ouverture sur les toits, la révélation que la charpente forme un échafaud au milieu des lumières de la ville. On en oublie que la musique est d'une autre époque (Passacaille de J.S. Bach) qui souligne la tension ambiante. Le danseur, Nicolas Le Riche, est époustouflant de bonheur d'être sur scène, pirouette avec les meubles pour saluer. Equilibre instable sur la chaise, sur la table, sur le plateau.

La soirée présentée en vidéo, c'est par ici : clic.