Le terminus, c'est la forêt. Pas de trace de Saint-Nom-la-Bretèche, l'une des communes les plus fortunées de France : faut-il un sésame pour y accéder ?
Hocus pocus fidibus !
Petite maison dans les grands bois enveloppée d'air frais, la gare dessert un parking aux confins de L'Étang-la-Ville, une route forestière vers Saint-Nom-la-Bretèche, et le GRP Ceinture verte de l'Île-de-France. Quatre voies de chemin de fer, séparées par une route qui monte vers la forêt.
Le pique-nique avalé dans le train et le goûter dans le sac-à-dos, nous nous engouffrons dans la forêt, fidèle topo-guide à la main. Bel et frais après-midi d'automne, les arbres ont des couleurs ensorcelantes, les bogues de châtaignes font office de crampons sur le chemin boueux, le parfum d'humus tente de nous détourner de la randonnée sur sentier balisé vers la quête de champignons aux propriétés méconnues.
Une première ascension cernée par un biker au moteur rageur vers la croix Saint-Michel. La croix n'existe plus, il n'en reste qu'un socle érigé au milieu du pique-nique d'un groupe de randonneurs. Par ce grand soleil, ce ne peuvent être des vampires, mais tout de même... cette absence de croix... Point de vue sur la masse rousse de la forêt, au loin la tour Eiffel, Paris, La Défense.
Route Dauphine, route des Princesses, étoile des Chasseurs, étoile du Chêne de Retz, un sentier en pente douce. Un poc métallique résonne et accompagne la vision irréelle d'un fairway parfait et de bunkers de sable déserts. Nous longeons le golf de Joyenval et le mystérieux Désert de Retz, photographié par Izis pour Colette. Ce voisinage résulterait d'obscurs arrangements avec la protection du patrimoine. Pour en savoir plus...
Retour en ville, dans une ville aux allures de campagne tout confort pour grosses fortunes. Des sentiers serpentent entre les propriétés de Chambourcy, les vergers paraissent abandonnés, la vue s'étend vers la forêt de Marly, celle de Saint-Germain, Poissy et les coteaux sur l'autre rive de la Seine.
Déjà deux heures et demies de marche quand nous serpentons dans Chambourcy. Revigorées par une pause au bar PMU peuplé de turfistes, nous nous demandons tout de même comment terminer en une heure, comme annoncé par le guide, alors qu'il nous reste la moitié du chemin à faire et que le ciel a décidé de se mettre au gris, comme un après-midi de novembre un peu en avance. Les familles sont de sortie aux alentours de Chambourcy. Nous vérifions notre chemin auprès d'un bon bourgeois sous cape, armé d'une carte au 1:8000 et de deux bâtons de randonnée. Je crois que c'est à partir de ce moment-là que nous perdons tout balisage. On croise deux mycophiles qu'on interroge :
" Vous venez bien de l'étoile de Loup ?
– Oh, nous les noms, on les connaît pas ! Et puis on se perd tout le temps ici... Allez, bonne chance, hein !"
Je crois que c'est à partir de ce moment-là qu'on fait appel à la magie de Steve Jobs et de la géolocalisation. C'est aussi à ce moment-là que le soleil se couche : de belles traînées roses dans le ciel nuageux. Nous retrouvons la route Dauphine, traversons l'étoile Parfaite, puis la départementale. Il reste à peine 1 km à parcourir en ligne droite sur un chemin forestier.
Quand nous nous enfonçons sur ce chemin, il faut se rendre à l'évidence : désormais, il n'est plus possible de lire le guide, pas assez de lumière. Et puis le chemin se fait sentier, puis sente, puis en croise un autre plus large et on ne voit pas où le nôtre se poursuit. Entre les feuillages obscurs, on entend le train passer et on croit voir la lueur d'un lampadaire. Il nous reste quatre Granola, un fond de bouteille d'eau, il fait nuit, l'humidité fait baisser la température, un chat-huant ulule.
Alors nous dévions notre trajectoire à travers les branchages, vers la route, qu'on longe sur la piste cyclable, éblouies par les phares des voitures qui doivent être aussi étonnées que nous de notre présence. Avant l'autoroute on bifurque sur la route Royale, moins de trafic, on voit juste assez pour faire la différence entre le bitume et le bas-côté, l'obscurité est totale dans le sous-bois. Un petit panneau indique la route des Muses et la direction de la gare. Des lampadaires jettent une lumière orangée sur un parking et un abribus en bois.
Nous arrivons à la gare. Cinq heures et demies plus tard, elle n'a plus la même présence : lumière blafarde sur la façade et sur les quais, radio pour tromper la solitude, les voyageurs tous regroupés à l'extrémité du quai, au plus près du chef de gare là-bas, de l'autre côté de la voie ferrée et de la route.
Un train libère ses voyageurs : une jeune femme tout de noir vêtue et coiffée d'un chapeau pointu regagne sa bonne ville.
Everybody scream, everybody scream,
in our town of Halloween
I am the clown with the tear-away face,
here in a flash and gone without a trace
I am the who when you call "Who's there?",
I am the wind blowing through your hair
I am the shadow on the moon at night,
filling your dreams to the brim with fright