Je scrute l'horizon, guettant un signe. Mer calme, ciel bleu limpide. Ca doit vouloir dire quelque chose.
Apparemment, des gens viennent ici pour se suicider. D'ailleurs, il y a un garçon sur le sentier qui se tient un peu trop près du bord, comme si telle était justement son intention. Il n'a pas bougé depuis que je me suis assise sur ce banc, et il ne porte qu'un tee-shirt et un jean. Il doit être gelé.
[...]
Au-dessous de moi, j'aperçois Etretat, sa grande plage incurvée, les pignons du château où j'ai passé la nuit. Je n'ai même pas trouvé le moyen de visiter la ville. C'est marrant, quand on est libre de faire tout ce qu'on veut, on finit par ne pas faire grand-chose. Quand le choix est infini, il n'y a pas de choix possible. J'aurais pu aller déguster une sole à la dieppoise et me laisser draguer par un serveur qui m'aurait offert des calvas ; en fait, je suis restée dans ma chambre à regarder un vieux film de Gene Hackman doublé en français.
Jonathan Coe, Le Cercle fermé, Traduit de l'anglais par Jamila et Serge Chauvin, Gallimard, 2006.
De retour à Paris après deux jours d'escapade normande, direction la bibliothèque municipale. Et le hasard nous ménage toujours de drôles de surprises : j'ouvre le livre choisi à la maison et ça commence par une scène à Etretat.
Et voici quelques images.
Nous autres ne nous sentions sans doute pas aussi libres que ce personnage de Jonathan Coe qui rentre en Angleterre après des mois de liberté italienne, parce qu'on a finit par faire pas mal de choses, en tout cas on n'a pas regardé des vieux films en VF. Plantage de tente, belle balade sur les falaises jusqu'au phare d'Antifer (comme la zone du bulletin de météo marine) avec arrêt bain de mer pour les plus valeureux et berceuse revigorante des vagues qui déferlent puis se retirent sur les galets. Un peu perdus dans la lande en dominant la valleuse d'Antifer, sur les herbes à peine foulées d'un sentier, sensation de grands espaces, on respire à fond. De retour à Etretat, sur le perrey on observe les promeneurs, les surfeurs, les goélands.
On a bien tenté de déguster une sole à la dieppoise, mais on n'en a pas trouvé au menu, les serveurs étaient inexistants et les serveuses peu amènes. La nuit les falaises sont éclairées, c'est seulement bizarre, un petit côté carton-pâte.
Au bout de la bande de ciment, un escalier s'enfonce dans la nuit et à chaque pas j'y vois un peu moins. Sur la droite, retirée à plusieurs mètres des falaises, laissant à nu du sable sombre et des cailloux gris, la mer bat comme un muscle, remplit l'air et semble le monde entier. Je marche sur les traces de ma mère, comme elle dans le noir profond, mes poumons s'emplissent de vent et du parfum cru de l'eau.Après Le Cercle fermé, une autre coïncidence (plus facile à élucider) à la lecture de Falaises d'Olivier Adam (Ed. de l'Olivier, 2005). Encore une histoire de suicide, décidément c'est gai Etretat, et un autre personnage qui ne quitte pas sa chambre d'hôtel. Moralité : vive le camping municipal !
Après le séjour paimpolais dans le souvenir des pêcheurs d'Islande, une enquête sur les Terre-Neuvas d'Etretat dans Thalassa.