Visiter la Mongolie est loin d'être une évidence. Immensité d'un territoire indomptée : peu de villes, peu de routes et de ponts, une voie ferrée qui relie Moscou à Beijing, des liaisons aériennes entre UB et les aérodromes des capitales d'aimag. Ici les activités touristiques consistent principalement à voir du pays en jeep ou à cheval, à partir à l'aventure, à savourer les panoramas grandioses et la chaleur des rencontres de voyage.
Les pages "À voir, à faire" des guides de voyage sont éloquentes : invariablement elles évoquent rapidement splendeurs naturelles, activités nature, quelques camps de gers pour touristes, et les coordonnées d'agences de voyage locales pour organiser la location d'un véhicule, la mise en contact avec un chauffeur, un guide, des familles pour l'hébergement.
Pour aller plus loin que l'expérience extra-ordinaire du chantier international, pour prendre le temps d'aller à la rencontre des gens et d'installer des liens, pour s'imprégner de ce pays, j'ai finalement choisi de faire appel à l'aide d'une agence de voyage, Ciel Mongol, fondée il y a quatre ans par une Française installée à UB. It's a small world décidément, celle-ci était dans le monde des livres du temps où elle fréquentait à Paris un cercle franco-coréen par le biais duquel j'ai connu l'existence de son agence.
Vers 7h du matin, la Peace Avenue de UB est paisible, effectivement. 20 minutes de marche vers la guest-house de Ciel Mongol : labyrinthe de rues posées entre les immeubles qui paraissent leur avoir préexisté. C'est une jeune Française qui nous accueille, en stage chez Ciel Mongol après le chantier Kids'camp (l'alternative à Buhug River pour les plus jeunes de l'orphelinat) et avant des études au Japon.
Chuka, la responsable de la guest-house, nous accompagne à la gare routière à l’ouest d’UB. Un petit parking dont on ne devinerait pas si facilement la fonction. Elle nous laisse dans le grand car de tourisme coréen aux petits rideaux froncés. À partir de maintenant, c'est l'immersion totale.
Le car stoppe à la même station-essence qu’au retour de Little Gobi où deux petites dames et une très grande vendent des produits maintenus au frais dans des boîtes en carton. Une bonne partie de la route est constituée de tronçons en travaux. Les véhicules empruntent alors la contre-allée en sable de leur choix, déviation en forme de terrain de moto-cross.
Nouvel arrêt pour une pause déjeuner dans un hameau d'une douzaine de yourtes-restaurants et cinq baraques en bois survolé par des rapaces.
Un peu plus tard, le chauffeur, optimiste, quitte la déviation pour revenir sur la route en travaux… pour être bientôt arrêté par les monticules de pierre qui annoncent les travaux dans l’autre sens et bouchent la voie. Marche arrière sur quelques mètres. Une dizaine de personnes sortent pour combler le fossé de pierres, et finalement on passe quelques minutes plus tard. La route ensuite est nickel, on y prend goût, mais il faut y renoncer pour le chemin de terre qui mène à Öldzit au bout d’une heure. Les croisements de véhicules sont périlleux et on se demande si notre autocar de tourisme ne va pas verser lorsqu'il croise un camion rempli plus qu'à ras bord de peaux de mouton.
À Öldzit, au bout des sept heures de trajet, nous sommes emmenés dans une petite maison. Le guide, son fils, une jeune fille qui nous salue d’un « Bonjour », une dame, la TV en marche. Soupe de riz au mouton, thé au lait, viennoiseries.
Départ en truck à travers Öldzit : maisons en bois derrière palissades. Une grand-rue en sable avec quelques lampadaires et des écoliers, certains en uniforme. Le chauffeur s’arrête pour remettre de l’argent, puis en route chez une famille dont une ger est démontée. On la stocke à l’arrière de la camionnette. Thé au lait, chips de fromage sec (aruul), gaufrette à l'intérieur de l’autre ger. La petite fille revêt son deel ; les adultes s'amusent de sa frousse et en jouent (c’est vrai que la petite grenouille dans la bouche du tonton, c’est moche...)
Puis nous remontons dans le camion pour arriver dans notre première famille un peu plus au sud dans la vallée de l'Orkhon qu'on aperçoit un peu en contrebas à l'est. Nous sommes reçus par une dame de 53 ans (me signifiera-t-elle le soir en brodant), son mari, ses deux fils (dont le chauffeur), sa belle-fille et son petit-fils. Thé au lait, petits pains semblables à de grosses bugnes rondes non sucrées, jus de pêche.
La soirée s’écoule doucement : jeux avec le petit, confection de buzz, sélection de deux chevaux au lasso dans leur enclos. Dîner à la lumière d'une chandelle sous la ger : buzz, pain, thé au lait. Puis à la lampe de poche, on sépare les veaux du troupeau pour les enfermer dans un enclos ; pour resserrer les rangs, on souffle avec autorité quelques ouuuch ouuuch.
La conversation est difficile avec des bribes de mongol et un guide de conversation, par exemple pour expliquer d'où nous nous connaissons, avec Thomas, le travail avec les enfants pendant le chantier. Manque encore des connaissances grammaticales de base, quelques mots de liaison (avec ? pour ?) et de la mémoire pour ces sons tous nouveaux. On est vite limité à la déclinaison de son identité : prénom, âge, profession, famille, ville d'origine, qualité de cavalier.
La nuit, un deel de soie violet sert de couverture.