14 juillet 2017

De Seine en Loyre (J1)

Malgré l'éveil précoce, la peine prise à installer un nouvel équipement made in Germany emplissant de légitimité cyclotouristique et la perte d'une valve de chambre à air dans la terre battue des souterrains du boulevard RdL conduisirent à un départ tardif. Tels des oiseaux de malheur, les vols  groupés d'engins militaires défilaient dans l'axe ouest-est au-dessus de Vincennes et soulevaient le nez des passants et des familles, pour les fasciner, pour leur éviter d'allumer le poste sans Zitrone, pour instiller une pensée pour la tribune officielle ou les théâtres d'opérations.
Quelques coups de pédales jusqu'à la gare, un peu d'escalade pour grimper dans le train. In extremis deux jeunes couples transméditerranéens à l'affût d'un contrôleur zélé embarquèrent munis d'un barda pour camping à Bourron-Marlotte, découvrirent les miracles du dézonage de pass Navigo, hélèrent un contrôleur et l'embarquèrent pour un voyage entre deux stations en Seine-et-Marne le temps de soulager leur angoisse de Trittbrettfahrer en puissance. Une famille équipée d'un bouquet de fleurs et de jeunes enfants à envoyer en vacances chez les aïeux fit connaissance avec les toutous mignons et le terrain de jeu des escaliers du Transilien à deux étages.
Pour rattraper le temps perdu, on se résigna à oublier Moret-sur-Loing, Alfred Sisley et la fabrique de sucres d'orge ; le point de départ du vrai périple fut fixé à Nemours qui exhibait les photos témoignant de la crue de juin 2016, celle qui trempa les chausses du zouave du pont de l'Alma et fit tant de dégâts dans le Gâtinais. Sans s'attarder, la machine fut lancée dans la routine du pédalage en bordure de canal à l'ombre des platanes généralement. Le Loing ne l'était jamais vraiment mais se terrait derrière des bosquets infranchissables, des mares peuplées de nénuphars dans les bras morts ou les déversoirs.

Un crochet par Château-Landon, berceau des Plantagenêt, pour se pardonner la ristourne du matin et voir de quoi il retournait quand on quittait le paysage monocorde et verdoyant du canal. La sono était en test pour le bal vespéral ; les vestiges médiévaux émergeaient de la ville sur la crête. Aux étangs de Dordives aussi la fête s'annonçait mémorable puisque Johnny promettait d'y allumer le feu, Cloclo d'aller z'à Rio, et les canards de se secouer le bas des reins avec entrain.

Et puis, peu avant Cepoy, une halte idéale surgit : une terrasse peuplée de siroteurs à la coule où un Grand-Breton (tendance scottish ?) vous tendait la main sur le seuil, vous invitait à entrer et vous servait à boire au comptoir dans une pénombre de pub.

L'élégante AJ de Cepoy rappelait son histoire ; une courte balade permit de percer le mystère de la maison traditionnelle suédoise installée sur la base de loisirs : ce paisible village vit grandir Raoul Nordling, le consul suédois qui sauva Paris de la destruction ordonnée par Hitler en août 1944 - voir Paris brûle-t-il ? et Diplomatie.