Traversée vers Saint-Helier, avec un beau lever de soleil pour éclairer les falaises de Sark. Quand on n'est pas à la manœuvre ou à la barre, sur le pont on rêve en scrutant l'horizon, on lit, on joue, on cause. Grand beau temps pour observer la côte, ses tours Martello et ses vestiges allemands datant de la 2e Guerre Mondiale, ses plages, et pour terminer au moteur.
Au port, l'ambiance est au yacht et la sécurité paraît renforcée.
La ville grouille d'activité, et pas seulement touristique, sous un soleil franc et chaud. On recherche même la fraîcheur d'un parc avant de passer la soirée au port.
Description de Victor Hugo, dans Les Travailleurs de la mer, pour avoir une idée de sur quoi porte le regard lorsque la terre est en vue :Dans l'archipel de la Manche, la côte est presque partout sauvage. Ces îles sont de riants intérieurs, d'un abord âpre et bourru. La Manche étant une quasi- Méditerranée, la vague est courte et violente, le flot est un clapotement. De là un bizarre martèlement des falaises, et l'affouillement profond de la côte. Qui longe cette côte passe par une série de mirages. A chaque instant le rocher essaie de vous faire sa dupe. Où les illusions vont-elles se nicher ? Dans le granit. Rien de plus étrange. D'énormes crapauds de pierre sont là, sortis de l'eau sans doute pour respirer ; des nonnes géantes se hâtent, penchées sur l'horizon ; les plis pétrifiés de leur voile ont la forme de la fuite du vent ; des rois à couronnes plutoniennes méditent sur de massifs trônes à qui l'écume n'est pas épargnée ; des êtres quelconques enfouis dans la roche dressent leurs bras dehors ; on voit les doigts des mains ouvertes. Tout cela c'est la côte informe. Approchez, il n'y a plus rien. La pierre a de ces évanouissements. Voici une forteresse, voici un temple fruste, voici un chaos de masures et de murs démantelés, tout l'arrachement d'une ville déserte. Il n'existe ni ville, ni temple, ni forteresse ; c'est la falaise. A mesure qu'on s'avance ou qu'on s'éloigne ou qu'on dérive ou qu'on tourne, la rive se défait ; pas de kaléidoscope plus prompt à l'écroulement ; les aspects se désagrègent pour se recomposer ; la perspective fait des siennes. Ce bloc est un trépied, puis c'est un lion, puis c'est un ange et il ouvre les ailes ; puis c'est une figure assise qui lit dans un livre. Rien ne change de forme comme les nuages, si ce n'est les rochers.
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| Une partie de l'équipage (c) Ad |

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