22 août 2016

Japon - rencontres

Quelques heures après avoir posé le pied sur le sol japonais, chauffé à 35°C, me promenant dans le quartier Asakusa je suis abordée par quatre jeune filles en uniforme qui me proposent de me faire visiter leur quartier et de déjeuner ensemble. Elles font partie d'un club d'anglais - leur prof reste discrètement en retrait - et ont préparé diverses explications sur la rue Kappabashi, la vaisselle (boîte à bento en cèdre, repose-baguettes, bol à miso, tissu à furoshiki...), les "samples", ces reproductions plus vraies que nature des plats à la carte que les restaurants placent en vitrine. L'une est passionnée d'histoire époque Meiji, l'autre est bassiste dans un groupe de rock, la troisième apprend l'anglais et le chinois, la quatrième a déjà visité plus de régions du monde que moi... elles ont quinze ans et j'espère une vie épanouie devant elles. (A vrai dire, ce n'est pas gagné étant donné le statut accordé à la femme dans la société japonaise...)
A Kamikochi, je voyage léger sans guide de conversation. Quel dommage : c'est ici qu'il m'aurait servi pour discuter un peu plus précisément avec ma cothurne, une dame d'une soixantaine d'années avec qui j'aurai le plaisir de dîner et petit-déjeuner silencieusement (heureusement pour le bain, je me suis débrouillée toute seule pour l'initiation !) On se recroise le lendemain en altitude comme de vieilles amies mais je reste incapable d'échanger d'autres politesses qu'un Sayonara.
A l'auberge Pongyi de Kanazawa, les hôtes tiennent à ce que leurs convives fassent connaissance et s'initient à la culture japonaise : cérémonie du thé informelle, pliage de grues en papier portant un message de paix... à la fin de l'année cette belle collection d'origami sera portée au temple et brûlée. A cette occasion, je rencontre Tabea, jeune Allemande de 19 ans, qui fait son premier voyage seule au Japon, après avoir travaillé six mois en usine au contrôle qualité pour se payer cette aventure : elle est confiante et prête à tout découvrir.


En quittant Hoyu-ji, l'orage éclate et ça ne rigole pas en cette période de typhons. Une dame me propose de m'emmener en voiture jusqu'à la gare ; la voiture est en fait celle du patron de la boutique dans laquelle elle se trouvait lorsque l'orage a éclaté. Dans le train, cette Tokyoïte en goguette à Nara fait part de son inquiétude des changements climatiques violents, reste discrète sur sa vie quotidienne, partage son enthousiasme pour Hoyu-ji et ses attentes à l'égard de Nara.
A Hiroshima, boule d'émotions en arrivant au parc de la paix, je me lance dans la lecture des panneaux aux explications rationnelles lorsqu'un monsieur âgé d'une soixantaine d'année s'approche et me demande d'où je viens. (L'effet du sac-à-dos goodie de la Parisienne ?) Il se trouve qu'il parle très bien français et est avide apparemment de s'exercer en faisant la conversation. Comme souvent pendant ce voyage, la conversation tombe sur "Is Paris safe, now?", question à laquelle je ne parviens jamais à répondre par un oui franc et massif qu'exigerait l'office du tourisme parisien, parce que franchement je ne vois pas quelle partie du monde peut se prétendre "safe, now". (Quand même, au randonneur amateur de Kamikochi qui disait préférer visiter la Belgique, je n'ai pas dit ce que je pensais de la situation sécuritaire et des attraits touristiques du plat pays, j'ai été sympa avec les voisins.) Alors voilà que ce monsieur natif de Hiroshima, qui me remercie de visiter sa ville au nom synonyme de destruction et de souffrance, exprime son souhait de paix pour Paris. Le malheur rapproche.
Un peu plus tard dans la journée, deux adolescentes m'abordent, me demandent d'où je viens et si je veux bien répondre à un petit questionnaire en anglais qui demande un message de paix ; elles m'offrent un dessin qu'elles ont réalisé.
Peut-être faudrait-il à Paris plus d'ados ouverts sur le monde qui défile sous leurs yeux, au côté des policiers, des gendarmes, des CRS, des militaires en armure ?

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