Au cœur de l'Asie, énorme et mystérieuse, se cache une riche contrée. Des pentes neigeuses des Tian Chan, des sables brûlants de la Dzoungarie occidentale jusqu'aux crêtes boisées des monts Sayan et à la grande muraille de Chine, elle couvre d'immenses étendues sur les marches orientales de l'Asie centrale.
Berceau des peuples, de l'histoire et de la légende ; patrie de conquérants sanguinaires qui lui léguèrent leurs anneaux prodigieux, leurs anciennes lois nomades, leurs capitales ensevelies sous les sables du Gobi ; pays des moines et des mauvais démons ; terre des tribus errantes soumises au pouvoir des khans, descendants de Gengis et de Kublaï.
Contrée mystérieuse où se célèbrent les cultes de Rama, de Çakya-Mouni, de Djonkapa, de Paspa, sous la suprême protection du Bouddha vivant qui s'incarne en la personne divine du troisième dignitaire de la religion lamaïste, le Bogdo Gheghen de Ta Koure ; univers de docteurs, de prophètes, de sorciers, de devins ; monde du symbolique swastika que peuplent encore les esprits de ces puissants potentats qui autrefois régnèrent sur l'Asie et la moitié de l'Europe.
Région de montagnes nues, de plaines brûlées tantôt par le soleil tantôt par le froid, où l'épidémie s'abat sans cesse sur le bétail, et la maladie sur l'homme ; nid de la peste, de l'anthrax, de la variole ; pays aux mille sources d'eau bouillante, aux défilés montagneux hantés par les démons, aux lacs sacrés grouillants de poissons ; refuge des loups, des antilopes, des chèvres de montagne, d'espèces plus rares encore ; royaume des marmottes que l'on rencontre par millions, des ânes et des chevaux sauvages qui n'ont jamais connu la bride, des chiens farouches et des oiseaux rapaces qui dévorent les cadavres abandonnés.
Patrie du peuple primitif qui autrefois conquit la Chine, le Siam, le nord de l'Inde et une bonne partie de la Russie ; de ce peuple dont naguère l'élan vint se briser à l'autre bout de l'Asie nomade et sauvage ; qui se meurt aujourd'hui et voit blanchir sur le sable et la poussière des plaines les ossements de ses ancêtres.
Terre gonflée de richesses naturelles mais qui ne produit rien ; terre victime de si grands cataclysmes qui ont semé la ruine et les souffrances ; terre accablée de besoins ; malheureuse et secrète Mongolie !
Ferdynand Ossendowski, Bêtes, Hommes et Dieux, À travers la Mongolie interdite 1920-1921, « Libretto », Phébus, 1995.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire