Trois jours après avoir quitté Soldaia, nous rencontrâmes les Tartares. Lorsque j’entrai parmi eux, il me sembla véritablement que j’entrais en un autre monde.Guillaume de Rubrouck, Voyage dans l’Empire mongol, 1253-1255.
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Aucune nouvelle du camion. Mais nous n’avons pas encore le temps d’être impatients. Chaque pas nous conduit à une découverte et nous nous plaisons à goûter aux charmes de l’oasis. Du moins devons-nous forcer notre illusion et nous prouver que nous découvrons des vérités. Depuis que nous avons essayé les chevaux, à plusieurs reprises, Benoît m’a exprimé sa jubilation et son attente du départ.
Ce monde, cet « autre monde » de Guillaume, ressemble au néant et offre la même fascination. Je me sens happé par le vide qui nous entoure. Les marques de l’homme sont dérisoires et s’effacent devant l’écrasante présence de la terre et du ciel. Plus exactement hommes et femmes sont comme fondus dans la nature sauvage et rude, qui peut être la plus impitoyable. Ces visages tannés, parfois jusqu’au noir ; ces peaux parcheminées et sèches ; ces démarches chaloupées et ces silhouettes trapues : tout porte la marque d’un affrontement quotidien avec des éléments naturels extrêmes.
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À quelques pas de là, Dorjsuren a fait rassembler les chevaux, une cinquantaine, entre une construction aux murs écaillés et l’enceinte d’un entrepôt vide. En troupeau, face aux hommes, les bêtes sont toujours aussi agitées et tentent d’échapper à la capture par de multiples volte-face et autres mouvements rapides. Dorjsuren a toujours l’air courroucé quand il choisit un cheval. Il le désigne à ses aides, Boldbator, Avermed ou Davaadorj, auxquels se joignent Gombo ou Miandangseven. Saisi par l’ourga, l’animal commence par résister, s’arc-boute, puis cède et s’immobilise, tout en continuant à manifester sa frayeur. Un Mongol s’approche, passe une longe autour de l’encolure, avec précaution, d’un geste prudent et calme. Le cheval semble alors se résigner, suit docilement.
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Une bonne dizaine de Mongols sont venus de l’aïl, la plupart à cheval, pour assister à notre départ. Ils contemplent les préparatifs avec bonhomie. Nos maladresses nous valent des hochements de tête amusés, suivis d’une aide spontanée et bienveillante, par des mains brunes et habiles. Notre gaucherie d’adulte a un côté incompréhensible pour ces hommes et ces femmes qui ont appris à maîtriser leur monture dès leur plus jeune âge.
Michel Jan, Le réveil des Tartares. En Mongolie sur les traces de Guillaume de Rubrouck, «Petite bibliothèque Payot», Payot Rivages 2002 (1998).
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