08 septembre 2010

Chez Bold et Jargalbat

Crêpes sucrées et thé au lait dévorés. Je montre les cartes postales de Paris, en énumérant le nom et/ou la fonction des bâtiments qui semblent intéresser la famille. Surtout celle où on aperçoit la colline de Belleville et où je peux indiquer ma maison. Parmi les photos du voyage que je peux montrer sur le minuscule écran de mon appareil, celles qui représentent leur ger leur sautent aux yeux immédiatement et il leur plaît de la reconnaître. Le foyer a finalement une grande importance pour ces hommes en mouvement, le havre des nomades.

La complicité et la tendresse entre le père et le fils, Dada et Norwoo, et l'instinct de protection du jeune homme envers ses parents vieillissants. La relève.
Ce jour j’ai enfin vu une marmotte mongole, mais la pauvrette s’était pris une balle dans le crâne. La tâche et l’odeur de sang laissées sur le seuil de la ger marqueront cette journée, comme un présage.
Ici l’homme semble devoir sans cesse marquer sa suprématie pour exister dans cette nature hostile aux faibles. Toujours ferme avec les bêtes, âmes sensibles et délicates s’abstenir ! Les pâturages sont semés d’os, de carcasses, de fourrure, de crânes. On houspille les bêtes avec force « Ouch », « Ahooa » (une quinte bien aiguë qui sert aussi à appeler les gens au loin). La fermeté est la règle. Et les deux familles qui ont des chats ne semblent pas leur porter d’affection particulière. Sont-ils là pour la décoration ? Les enfants montrent aussi leur force et leur absence de peur en permanence, et les adultes les laissent faire.
Nous prenons congé sans autre forme de procès après ces moments intenses ; Dada est occupé à dépecer un mouton. On part dans l’autre sens de cette vallée.
La vallée s’étroitise peu à peu. Au moment où nous atteignons le terrain bosselé qui caractérise les abords des rivières, nous apercevons une mère et son enfant en train de recueillir des graines qui, une fois pillées, forment une pâte qui se mange. En effet elles ont un goût proche du cumin.
Un ou deux aïl plus loin, nous nous arrêtons au-dessus d’une ger, à une soixantaine de mètres, car le maître de maison vient de rentrer à cheval au logis et va venir discuter le bout de gras (sans échange de tabatière, mais le rituel persiste quelque part).

Cela me laissera le temps d’observer le vol des corneilles et leur semblant de jeu, une voisine à cheval (la première cavalière que je vois ici) qui passe voir la maîtresse de maison, puis poursuit vers les hauteurs, un gros rongeur à la queue fournie gambader et sautiller aux alentours.
Puis nous reprenons la marche jusqu’aux abords d’une rivière où nous pique-niquons.

En chemin, une hauteur avec un ovoo (que nous contournons en jetant notre demi-douzaine de pierres) et une stèle posée sur une tortue de pierre le tout entouré d’une grille. Autour : la rivière et les chevaux, un gros campement de maisons de bois, enclos, espace pour stocker le foin.

Vers la fin du déjeuner, deux cavaliers s’approchent. Un père et son fils probablement. Le deuxième monte un cheval marqué d’un 7 orange et obtient l’accord du premier pour poursuivre sa route. Belle prise de vitesse. Le père restera bavarder une heure avec Tcharar. Le temps d’une sieste au son des clapotis de l’eau et de la mâchoire du cheval. Notre chemin s’élève peu à peu. Deux yourtes dominent une boucle de la rivière. Puis on redescend par une route de terre toujours le long de la rivière bordée de plus en plus d’arbres. Les abords se font petite falaise de pierre rouge, bel ensemble de couleurs avec l’herbe jaune clair et vert foncé et le ciel bleu.

Nous arrivons chez Bold, installé sur une boucle de la rivière avec deux yourtes, deux motos, une auto et une camionnette (truck bleu, on se demande si ce n’est pas le même qui circule dans toute la région. Bold (39 ans) nous accueille avec sa femme et leur petite fille de 2 ans. Ils ont aussi deux grands garçons à UB. L’ambiance est joviale.

On nous propose du thé au lait et de l’eau chaude pour du Ceylan en sachet ou du thé aromatisé à la fraise, des biscuits du commerce, puis du yaourt avec une consistance plus habituelle. Nos hôtes étaient restaurateurs et commerçants il y a quelques années, et cela se ressent dans leur mode de vie différent de celui des précédentes familles. Ils sont aussi plus proches d'Oldzit.

L'après-midi est chaude et le feutre de la ger a été relevé pour aérer. Il y a de l’animation dans la yourte voisine et plusieurs fois Jargal est venue remplir son récipient de vodka mongole. Quand je passe une tête pour demander où prendre une douche, quatre pieds de biquette noire m’accueille et Bold s’active au poêle à ébouillanter des intestins et autres morceaux ragoûtants. Douche à la rivière délicieuse. Puis pour l’apéro : abats de chèvre. Jeu de cartes avec le neveu simplet et Tcharar gris : difficile de se mettre d’accord sur les règles du jeu sans s'énerver. Pour le dîner on nous apporte des os à ronger… puis de la soupe de nouilles et viande (dont nous ne détaillerons pas la provenance). Ça y est, l'écœurement est arrivé.
Bold revient dire bonsoir avec sa fille pendant que sa femme trait les vaches. Il est maintenant à coup sûr complètement bourré et y va de ses « vous êtes beaux, amicaux, chaleureux, mes amis ». Les méthodes terrorisantes avec sa fille deviennent difficiles à supporter : il lui fait boire du thé brûlant qui la fait pleurer, puis la gave de bonbons en guise de consolation. Stratégie de l’évitement pour respecter nos hôtes. Hâte maintenant que le voyage touche à sa fin.

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