Encore une histoire de voyage qui se finit malade ; il est temps de rentrer à la maison. Mais d'abord huit heures de bus pour UB et une journée d'avion.
Départ initialement prévu à 9h en moto avec Tcharar. On part, puis au bout de moins de cent mètres le voisin nous interpelle. Retour à l’aïl. Bricolage sur la machine. Puis départ de Tcharar et du voisin pendant une heure peut-être. Pas de nouvelles, à se demander s’il n’y a pas eu une panne ou un nouveau déraillement. Finalement ils reviennent avec la camionnette bleue et la moto chargée à l’arrière. Ce faux départ restera un mystère. Nous partons à quatre pour Öldzit. Sur la piste nous croisons un motocycliste qui s’arrête. Nous faisons de même et les deux hommes vont pour l’aider à démarrer.
Arrivée à Öldzit : son hôpital, son école, son vieux temple à cette heure refuge de chevaux, et son temple neuf. Stop à un magasin qui n’a pas d’eau en bouteille, alors on tente sa chance à celui d’en face. Les rues en terre d’Öldzit sont larges. Un cheval sellé attend au seuil d’un magasin. Des écoliers. Une question me revient que je voulais poser à la fille de Maral qui a 17 ans : comment se rend-on à l’école tous les jours quand on est nomade ? en moto ? à cheval ?
Arrivée au niveau de la maison de Tcharar. Je commence à comprendre les explications du premier jour de rando : il doit être pompiste (rapport au logo sur sa casquette) ou garagiste. Le bus est déjà là et partira donc à midi et quart au lieu des 14h annoncées la veille.
On me place tout au fond, et finalement de la place se libère heureusement plus à l’avant. Les ravages de l’alcool sont bien visibles ces derniers jours. Et ce jour dans le bus : environ trois types complètement ivres, et de plus en plus au fil des huit heures de trajet : l’un essaie de me faire la conversation et est rabroué par la contrôleuse, à un moment ils en viennent aux mains, et puis sur la fin ils semblent s’invectiver bien fort, indisposant les autres voyageurs qui commencent seulement à se manifester. Ça chante à tue-tête pour accompagner l’autoradio, mais de façon générale ce n’est pas l’alcool joyeux de Bold qui prédomine. Je me demande bien comment ils font pour ne pas être malades dans ce bus bringuebalant – pour ma part, j’ai le cœur au bord des lèvres pendant plus de dix heures.
En chemin on double des camions transportant du foin, des peaux de mouton, une ger et ses habitants. C'est le début de l'automne. Les jeeps foncent dans un nuage de poussière alors que le bus se traîne, engrangeant à l'extérieur comme à l'intérieur, sur les effets des voyageurs comme sur leur peau, une épaisse pellicule de sable. Sur un tronçon de route fraîchement bitumé mais pas encore ouvert, des officiels et leurs berlines flambant neuves.
Arrivée progressive dans l'aimag d'UB, les prolongements ouest de la ville le long de la grand-route : magasins, usines, voie ferrée, hôtels, pubs, karaokés, clubs (le Tokyo Hôtel, le Queen’s). Les visages sont bien pâles à la capitale, comparés aux peaux tannées des habitants de la steppe.
Arrivée à UB au soleil couchant, je grimpe dans un taxi tuné, mais les embouteillages, la pollution poussiéreuse de la capitale rendent le trajet fastidieux pour clore cette journée éprouvante. À la guesthouse, une douche chaude : le comble du bonheur.
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