17 septembre 2010

Biblio - Mongolie, Mongolie

Les aventures d’un journaliste et romancier italien qui s’est mis en tête de refaire le chemin parcouru par Marco Polo en plein cœur de l’hiver dans un pays au soviétisme affirmé.

Nous arrivâmes en vue de Zun-Bajan au coucher du soleil. Une cheminée d’usine fumait dans la fine poussière dorée en suspension aux alentours.
Ma première impression fut celle d’un village californien du temps des premiers chercheurs d’or ; les routes, tracées sur la terre vierge, étaient de espaces entourés de maisons avec, aux deux extrémités, le désert.
[…]
Avant que le soleil ne se couche je sortis : on se sentait bien, après le gel de la steppe et de Sajnsciand. Ces 15° au-dessous de zéro semblaient un vrai printemps. Je crachais et fus content de ne pas voir rebondir l’habituelle petite bille de cristal.
Autre joie inattendue, les cabinets. Enfin un W.-C., quoique toujours sans siège, mais près du chauffage central. Il y avait même dans la pièce une vieille baignoire. Je tournai le robinet et peu après l’eau en sortit fumante !
[…]
Je restai deux jours au milieu des mille statues dorées d’Erdeni-Zu (lieu précieux). Toutes représentaient Bouddha, de très beaux bouddhas, et tous différents les uns des autres. […] J’errai au hasard sous les regards des mille statues dorées dans un silence d’outre-tombe et il me semblait que tous ces yeux se retournaient sur mon passage et que l’une de ces statues riait. Je m’arrêtai sous un pied-droit sans porte ni murs. Au-delà on entendait comme une rumeur. C’étaient les rouleaux de papier décolorés par le temps et qui portaient encore des traces de textes sacrés et de prières, certaines en tibétain, d’autres en chinois, d’autres encore en ancien mongol. Les fidèles, aujourd’hui encore, croient, comme me l’expliquait O. Taiji que le vent, en faisant bruire les rouleaux, en extrait les paroles de la même façon qu’il s’imprègne des parfums en passant au-dessus des fleurs, et les apporte jusqu’à Bouddha.
Erdeni-Zu fut donc le premier monastère lamaïste que fit construire le prince Abitaï-khan en utilisant toutes les pierres et les briques de l’antique Khara-Korum détruite en 1380 par les invasions des Mings.
[…]
Vers une heure, il faisait très chaud au milieu de cette immense houle de collines. C’était un vrai Sahara de montages, toutes égales, tondues, pelées et sans vallées. La neige persistait seulement dans les zones à l’ombre, tourmentées de profondes crevasses et de roches noires. On ne voyait pas d’arbres, quelques petits buissons seulement et de l’herbe sèche. Tout était immobile contre le bleu dense du ciel. J’avais envie d’entendre des voix et des bruits, de voir une fumée, des couleurs, des choses palpitant à la brise.
Au-delà de chaque colline, c’était la descente et puis une autre colline apparaissait en face, identique à la précédente. Et comme cela pendant des heures, ballottés au trot toujours égal du cheval.


Silvio Micheli, Mongolie, Mongolie, Robert Laffont, 1965.

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